Design sans titre 7

Les remakes sont nécessaires à l’industrie

Cette dernière semaine à l’occasion de la valse habituelle des conférences de juin, on aura vu beaucoup de remakes annoncés et/ou présentés, c’est le cas de le dire. Rayman Legends Retold, Resident Evil Veronica, The Legend of Zelda: Ocarina of Time, Star Fox, Persona 4 Revival, Final Fantasy VII Revelations, Assassin’s Creed Black Flag Resynced, Gothic et j’en ai sûrement oublié vu leur nombre très élevé.

Leur nombre est très important, c’est certain. Cela dit, ces remakes ont le mérite d’exister et sont même selon moi nécessaires à l’industrie, et je vais vous expliquer pourquoi.

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D’où vient la « haine des remakes » ?

Cette critique constante de l’existence des remakes vient d’un constat simple fait par beaucoup de joueurs et qui est difficilement contestable : « on a déjà fait ces jeux, on veut de la nouveauté ». Et ça s’entend. Les remakes sont parfois très ambitieux et on peut se dire qu’ils empêchent donc par la même occasion de plancher sur des créations originales. Cela dit, cette réflexion est trop simpliste et ne prend pas en compte plusieurs points qu’il est essentiel d’aborder quand on parle des remakes et de leurs intérêts, à la fois pour nous joueurs et consommateurs, mais aussi pour les éditeurs et développeurs.

Pourquoi les remakes sont nécessaires pour les éditeurs et développeurs ?

Les raisons sont multiples, mais il faut reconnaître que les remakes sont nécessaires aussi du point de vue des éditeurs, que ce soit pour des raisons créatives (oui même si ça paraît contre-intuitif) que pour des raisons économiques.

Commençons par le plus évident, les raisons économiques.

Aux yeux de certains, ce point sonnera comme une évidence au point de potentiellement agacer. Parce que oui c’est « évident » que les remakes sont là en partie pour faire de la thune parce que leur succès est quasi assuré sans trop trop d’efforts dans la plupart des cas. Mais allons plus loin que ça. Pourquoi ce succès quasi assuré est-il bienvenu et parfois même nécessaire ?

Les remakes ont de très positif pour les studios que le travail de pré-production, le travail artistique, scénaristique, de level design et même parfois de game design est partiellement ou entièrement déjà fait. Ce qui résulte, encore une fois pour la plupart des remakes comme ceux de Persona 3 et 4 ou encore celui de The Last of Us (bien qu’il convienne de dire que celui-ci est indéfendable), à un temps de production relativement court, et donc à des coûts relativement moindres pour une rentabilité quasi assurée et nécessaire.

Prenons le cas d’Ubisoft pour illustrer ce point. Ce n’est un secret pour personne, l’éditeur français est assez mal en point (même si moins que ce que les détracteurs anti-wokes d’Ubisoft essaient de faire croire), au stade où l’ogre Tencent est très intéressé par un rachat et investit déjà massivement dans l’éditeur.

Ubisoft a donc besoin de cash. Le plus vite possible. Et pour ça, les remakes se posent en option très solide voire incontournable. Au point où Ubisoft s’est massivement tourné vers elle ces derniers mois : Rayman Legends Retold, Assassin’s Creed Black Flag Resynced, Prince of Persia: Les Sables du Temps (même si celui-ci a été finalement annulé) et même une collection Rayman avec les premiers jeux de la série pour les 30 ans de celle-ci intitulée sobrement « Rayman 30th Anniversary Collection ».

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Ici, l’objectif est clair et n’est pas du tout caché : dégager de l’argent facilement d’une part en exploitant la fibre nostalgique d’une partie des joueurs, mais aussi d’autre part en produisant des jeux de qualité à moindre coût. Peut-être que ça va suffire à sauver l’éditeur ou peut-être pas, reste que cette abondance de remakes est peut-être ce qui a le plus de chances de sauver Ubisoft, ses licences et les milliers d’emplois qui en dépendent.

Les remakes forment de nouvelles générations de développeurs et de créateurs.

Les projets nouveaux sont aujourd’hui trop risqués, très ambitieux et très coûteux, donc comment les éditeurs pourraient confier ces projets-là à de tout jeunes développeurs alors que l’entreprise peut dépendre du succès d’un nouveau projet ? La réponse est simple, il est impossible pour de très nombreuses entreprises de faire ce genre de pari fou. Alors elles se servent des remakes pour entraîner des équipes, pour voir à quel point elles peuvent leur faire confiance et pour les préparer à entrer dans le grand bain avant de leur confier des nouveaux projets qui sont par essence souvent plus ambitieux (hors exception comme FF7 Remake encore une fois).

Pour ça prenons deux exemples : Persona 3 Reload et surtout The Legend of Zelda: Link’s Awakening (le remake Switch de 2019).

Pour le premier, les équipes d’Atlus ont déclaré via 4Gamer que près de la moitié de l’équipe de développement n’était pas encore développeur à la sortie du Persona 3 original. Ce qui indique donc forcément que la plupart de l’équipe en charge du jeu n’est pas particulièrement expérimentée. Forcément Atlus n’allait pas dire que ce jeu a été fait par des débutants. Néanmoins il est clair que ce jeu a été fait en partie pour les former, ou que du moins l’occasion était trop belle pour ne pas en profiter.

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Pour le second cette fois, l’exemple est bien plus parlant. Le remake de Link’s Awakening a en effet été développé par Grezzo et est le quatrième remake réalisé par ces équipes pour Nintendo après ceux d’Ocarina of Time, de Majora’s Mask et de Luigi’s Mansion pour 3DS). Avant ce quatrième remake, les équipes de Grezzo n’ont été mises à l’oeuvre que sur de petits projets comme Ever Oasis ou The Legend of Zelda: Tri Force Heroes.

Et toute cette confiance accumulée par le studio japonais fondé en 2006 a débouché sur un projet d’envergure, le très bon The Legend of Zelda: Echoes of Wisdom. Ce Zelda novateur n’aurait sans aucun doute pas pu exister (du moins sous sa forme actuelle) sans l’entraînement produit par les remakes et remasters, c’est une évidence.

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Les remakes sont nécessaires du point de vue des éditeurs et développeurs mais le sont aussi pour nous, joueurs.

Les remakes permettent tout d’abord à des jeux de repousser leurs limites. Et pour en parler, quoi de mieux que la trilogie Final Fantasy VII ? Les remakes de FF7 sont au centre de beaucoup trop de polémiques. Trop cher, trop long et surtout pour certains inutiles. Sauf que ces remakes ont une ambition intrinsèque : repousser les limites de l’original sorti en 1997. Exploiter pleinement l’univers absolument fabuleux créé par Sakaguchi et Nomura entre autres.

Et il suffit de jouer à ces remakes pour s’en rendre compte. La beauté des environnements, le caractère imposant et oppressant de Midgar, l’emphase sur le personnage de Sephiroth et tant d’autres choses n’étaient pas possibles sur PS1 quoi qu’en disent les détracteurs de ce remake.

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Les remakes, au-delà d’être pour les développeurs que de simples machines à cash, sont aussi un moyen pour nous de (re)découvrir des jeux que nous savons fantastiques et possiblement bloqués par leur matériel d’origine d’une façon ou d’une autre. N’oublions pas aussi le côté élitiste de cette critique des remakes. Beaucoup critiquent les remakes en arguant que les jeux sont déjà faits par la majorité des gens, mais ce n’est évidemment pas le cas.

Quid des nouvelles générations ? Quid de toutes celles et ceux qui n’avaient possiblement pas les moyens de se procurer la version originale ? Et surtout, pourquoi rejeter avec insistance la remise aux goûts du jour d’une expérience que vous avez aimée, d’autant plus quand la version originale reste quasiment à chaque fois disponible (et je dis bien quasiment, coucou Yakuza 3…) ?

Les remakes prennent de la place médiatiquement, c’est un fait. Toutefois, le monde du jeu vidéo est désormais tellement vaste et varié que si un remake ne vous intéresse pas, vous pouvez juste… l’ignorer ? Surtout au vu de la quantité assez astronomique de jeux auxquels on a droit chaque année désormais !

Il est cependant nécessaire d’émettre une grosse critique aux remakes : leurs prix. Certains remakes proposés à prix fort comme Persona 4 Revival par exemple n’ont pas le degré de finition et d’ambition d’un jeu qui mérite ce tarif, c’est malheureusement un fait. Mais encore une fois, rien ne vous oblige à l’acheter et vous pouvez vous tourner vers la version Golden souvent disponible pour 60€ de moins que le remake et parfaitement jouable aujourd’hui.

Bref, soyez moins sâlé et surtout, jouez bien !

Fondateur de ce joli bébé et tombé amoureux du jeu vidéo enfant un peu à la manière d'Obélix, mon objectif avec ce média est d'approfondir ma passion du médium !