La licence Yakuza va mal
La licence Yakuza, développée exclusivement par Ryu ga Gotoku Studio (RGG) a comme très grand avantage d’avoir une fanbase particulièrement soudée. Cette fanbase, RGG l’a acquise principalement grâce à deux éléments : la passion mise dans ses jeux qui transparaît de façon évidente à quiconque s’intéresse à la licence, et la proximité avec les fans justement.
Au travers d’évènements pensés pour eux comme les RGG Direct ou encore avec des jeux pensés pour les brosser dans le sens du poil, la licence Yakuza avait tout pour grandir grâce à sa base de fans assidus et grâce à des jeux de grande qualité, il faut le dire aussi. Pourtant, les choses évoluent dans le mauvais sens et le studio japonais ne cesse d’entâcher une réputation jusqu’alors excellente.
De gâchis scénaristiques en passant par des politiques éditoriales absolument honteuses et avec comme cerise sur le gâteau le fiasco que s’annonce être Yakuza Kiwami 3 (notamment avec l’affaire du #REMOVEKAGAWA), la licence Yakuza va mal, elle qui était en pleine ascension.

Un enchaînement de déceptions scénaristiques
Au vu du titre de cette partie, les spoils sur l’entièreté de la saga seront “everywhere” comme un certain homme au cache-œil.
La saga était à l’origine pilotée par Toshihiro Nagoshi. C’est cet homme qui a bâti la licence telle qu’on la connaît, ayant été le producteur, le scénariste et/ou le réalisateur de l’ensemble de ses jeux jusqu’à Lost Judgment sorti en 2021. Il a donc été l’une des têtes pensantes ce que l’on appelle la “Saga Kiryu” (s’étalant du premier Yakuza sorti en 2005 en passant par Yakuza 0 à Yakuza 6 : The Song of Life) mais aussi de ce qui devait être une nouvelle étape pour la licence avec le personnage d’Ichiban Kasuga avec le chef-d’œuvre qu’est Yakuza : Like a Dragon.
Seulement suite à son départ de SEGA en 2021 pour créer son propre studio, Nagoshi Studio (les Game Awards ont d’ailleurs été l’occasion de dévoiler son projet, Gang of Dragon, qui ressemble beaucoup à Yakuza), la licence s’est progressivement embourbée dans ses propres travers avec un fan service devenu incontrôlable.
Tout d’abord avec ce que je considère être une grossière erreur, le retour au premier plan de Kiryu.
Pour bien comprendre le souci derrière son retour, il faut se remettre dans le contexte de Yakuza 6. Yakuza 6, c’était le chant du cygne du Dragon de Dojima. Le dernier acte de sa vie de Yakuza pour protéger ce qui a toujours compté pour lui : sa famille.

Seulement, Kiryu revient tout d’abord dans Like a Dragon avec tout d’abord un rôle mineur dans l’intrigue, celui de “tester » Kasuga. Connaissant l’attachement des têtes de RGG à son personnage, il était certes regrettable de le revoir mais rien de particulièrement gênant si son rôle s’arrête ici n’est-ce pas ?
Seulement, hasard du timing ou réel changement de programme dû au départ de Nagoshi, Kiryu est progressivement revenu au centre de la série. Tout d’abord avec le premier “Gaiden” avec Like a Dragon Gaiden : The Man Who Erased His Name sorti en 2023. Cet épisode, qui était à l’origine censé être un DLC et que je trouve personnellement assez mauvais dans l’ensemble (sauf les combats qui sont particulièrement bons), avait pour objectif de justifier la présence de Kiryu dans l’épisode 8 de la série : Like a Dragon Infinite Wealth.
Et c’est là que le bas blesse. Kiryu était censé laisser Ichiban gérer la suite et l’avenir des Yakuzas suite à la Grande Dissolution du septième épisode. Seulement, Kiryu en vient à complètement voler la vedette à Ichiban en prenant littéralement la moitié de l’intrigue et en ayant toute une quête fanservice particulièrement longue (même si très réussie). Infinite Wealth en devient le deuxième chant du cygne de Kiryu, chose n’ayant aucun sens vous en conviendrez. En cerise sur le gâteau, Kiryu survit à son cancer en plus de revoir Haruka, enterrant définitivement l’intérêt du sixième épisode…

La licence a depuis multiplié les errances scénaristiques, tout d’abord en remettant en avant Goro Majima dans le (plutôt) médiocre bien que fait avec le coeur Like a Dragon : Pirate Yakuza in Hawaii possédant un intérêt limité. Puis en juin dernier est sortie la Director’s Cut de Yakuza 0 (dont mon test est disponible ici) avec des ajouts scénaristiques on ne peut plus dispensables comme la survie de certains personnages présumés morts…
Mais si c’était seulement une question créative, la situation de la licence ne serait pas aussi critique. Il y a un problème sans doute encore plus grand : la tendance de RGG (et de SEGA) à prendre les fans pour des vaches à lait.
Des pratiques éditoriales pour le moins douteuses…
Si vous appréciez les licences détenues par SEGA, vous savez de quoi il va être question ici. En effet, la politique éditoriale de l’éditeur japonais est tout simplement odieuse en ce qui concerne ces licences en pleine ascension comme Persona et, évidemment, Yakuza/Like a Dragon.
Je vais ici prendre deux exemples assez simple en ce qui concerne la licence qui nous occupe aujourd’hui. Tout d’abord, parlons de Like a Dragon Infinite Wealth. L’excellent huitième épisode de la série est un jeu au tour par tout avec des combats particulièrement bien réussis et des personnages tous très attachants comme sait le faire la licence.
SEGA sachant très bien cela, ils ont enlevé deux contenus de base d’un J-RPG : une aventure postgame et le New Game +… pour les bloquer derrière un dlc à 20€ (inclus aussi dans la deluxe édition). Et non, vous ne rêvez pas. Cela veut dire concrètement qu’un contenu extrêmement basique dans n’importe quel jeu et qui se révèle être essentiel à qui veut approfondir son expérience de jeu doit obligatoirement repasser à la caisse. Et je ne parle même pas des différents packs dlc avec un fan service complètement assumé, chose désormais courante pour la licence à la manière des jeux Atlus encore une fois.

Autre pratique tout aussi douteuse, la politique tarifaire de Yakuza 0 Director’s Cut ainsi que des remasters current gen de Yakuza Kiwami et Kiwami 2.
Si vous aviez obtenu les versions PS4 ou Xbox One de ces titres en version physique, il est impossible pour vous de les upgrader vers les éditions PS5 et Xbox Series X, et ce pour les 3 titres. De même si vous aviez obtenus ces jeux via l’abonnement PlayStation Plus par exemple : il va vous falloir passer à la caisse au plein tarif. De plus, sachez que les données de sauvegardes ne sont même pas transférables entre les versions… Pour Yakuza 0 Director’s Cut, cela est compréhensible dans la mesure où il y a des ajouts (bien que minimes). En revanche pour les 2 remakes, nous sommes face à de la fainéantise pure.
Progressivement, la licence a donc commencé à décevoir son public, mais rien de particulièrement grave. Uniquement une direction créative décevante et des pratiques éditoriales certes osées, mais qui restent dans les habitudes de SEGA et de la licence. Pourtant, les choses vont basculer à l’annonce du remake très attendu de Yakuza 3 intitulé Yakuza Kiwami 3 & Dark Ties.
Yakuza Kiwami 3 & Dark Ties : une nouvelle étape franchie
Yakuza 3 est l’un des épisodes préférés des fans en raison de son importance dans le cheminement personnel de Kiryu. C’est en effet à partir de cet épisode que Kiryu se détache progressivement de sa vie de Yakuza pour protéger sa famille adoptive via l’orphelinat Morning Glory qu’il a créé.
Son remake était donc attendu depuis de nombreuses années. C’est donc en fin d’année dernière à l’occasion du RGG Direct de septembre 2025 que le fameux Yakuza Kiwami 3 & Dark Ties a été annoncé. Mais de là, plusieurs gros problèmes ont fait surface.
Je vais mettre les pieds dans le plat et parler de l’éléphant dans la pièce (trop) longtemps ignoré par RGG, le casting de l’acteur Teruyuki Kagawa pour interpréter le personnage de Go Hamazaki.

Teruyuki Kagawa est un acteur japonais de 60 ans connu pour être charismatique et effrayant à l’écran et c’est ce que recherchait RGG au vu des récents propos de Ryosuke Horii dans le journal japonais Game Watch (traduits très maladroitement par IGN). Pourtant, et c’est là tout le problème, Teruyuki Kagawa est farouchement accusé de violences sexuelles et a même présenté ses excuses à l’une des victimes. Le plus cocasse ici pour RGG, c’est que Kagawa n’avait plus eu de rôle majeur avant Go Hamazaki : c’est RGG qui le réhabilite sur la scène japonaise en lui donnant une exposition internationale.
Je ne vais pas vous faire toute l’affaire ici, d’autres l’ont fait bien plus en profondeur que moi et seront sans doute plus exacts sur les tenants et aboutissants de l’affaire. Néanmoins il convient de résumer brièvement les faits.
En 2022, un magazine japonais du nom de Shukan Shincho a publié le témoignage de 2 femmes travaillant dans un bar à hôtesse et accusant Teruyuki Kagawa de les avoir agressées sexuellement 3 ans plus tôt, soit en 2019, photos à l’appui. D’après la plainte déposée (puis retirée ensuite), Kagawa aurait arraché le soutien-gorge d’une hôtesse, l’aurait reniflée, embrassée puis aurait touché sa poitrine sans consentement.
Kagawa et son agence s’excuseront ensuite, tout en démentant les faits pour une des deux victimes.
Mais ce n’est pas tout. Le pedigree de Kagawa s’étendrait aussi jusqu’en 2018. C’est cette fois lors d’une réunion au restaurant à propos du tournage de la série “99.9: Criminal Lawyer” (dans laquelle Kagawa détient un des rôles principaux) que l’acteur aurait asséné un coup de poing au visage à une serveuse, mettant cela sur le dos de l’alcool.
Ce choix a naturellement causé une levée de boucliers dans la communauté, appelant au boycott avec un slogan, #REMOVEKAGAWA. S’étant fait beaucoup entendre lors de l’annonce du jeu et du casting, le scandale s’est progressivement tu. Et pour cause, RGG a fait la sourde oreille. Kagawa est devenu un réel tabou pour le studio, ignorant tout ce qui se disait autour de lui.
RGG est pourtant bien plus attentif aux critiques quant au jeu en lui-même bizarrement, en témoigne ce post sur X fait en vitesse après la publication de la démo et le ras-le-bol des fans sur les éclairages utilisés et sur la qualité visuelle globale, qui parvient à être globalement en-dessous du jeu de 2009.
Parce que oui, ce n’est pas nouveau, mais RGG est un studio connu pour la réutilisation d’environnements et de textures. Sauf qu’à un moment ça finit par se voir et à cruellement sauter aux yeux.


Et enfin, en bonne cerise sur le gâteau, le jeu original ne sera plus disponible à l’achat à l’unité le jour de la sortie du remake soit le jeudi 12 février 2026. Le seul moyen légal de se procurer Yakuza 3 remastered sera alors l’occasion ou l’achat de la collection “Yakuza Remastered” avec le 4 et le 5, ce qui force l’achat du remake.
La licence Yakuza, et RGG par extension, ne vont donc pas très bien et c’est le moins que l’on puisse dire. Entre pratique commerciales douteuses, gâchis scénaristique, aspect graphique inacceptable et casting absolument abject, le studio a désormais ébranlé sa base de fans historique.
S’il vous en fallait une preuve, alors je vais prendre mon exemple personnel : je n’achèterai pas le jeu et n’en ferai pas de test.
C’est à mon sens le seul moyen de sanctionner un studio qui part à la dérive après avoir été un modèle à suivre pour l’industrie aussi bien au niveau de la qualité que de la quantité.
En espérant que Stranger Than Heaven, que j’attends personnellement énormément, redressera la barre.




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