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Clair Obscur : Expedition 33 est-il vraiment un jeu d’extrême droite ?

« Nazi obscur », « KKKlair Obscur », « Expedition 88 », « Gwer Obscur », « plus Clair que Obscur ». Si vous êtes dans la sphère vidéoludique des réseaux sociaux et en particulier sur X, ces expressions aussi provocatrices soient-elles pour appeler Clair Obscur ne vous sont sans doute pas étrangères. Pour les autres, vous devez sûrement halluciner en voyant que celui qui a été sacré jeu de l’année 2025 à la dernière édition des Game Awards, celui dont la qualité est plus ou moins unanimement reconnue à travers le monde et celui qui fait la fierté du jeu vidéo français possède ces surnoms.

Pourtant, aussi étonnant que cela puisse paraître, ces surnoms ne viennent pas de nulle part et montrent un vrai doute quant au positionnement politique et au message envoyé par les Montpelliérains de Sandfall à travers leur jeu. Il n’y a pas de fumée sans feu comme on dit. Mais alors, d’où vient cette réputation pour le moins compliquée à appréhender pour un jeu et petit studio comme Sandfall ? Est-elle réellement fondée ? C’est ce que nous allons voir ici.

Un contexte particulier et une ambigüité involontaire

Clair Obscur Expedition 33 s’inscrit dans un contexte des plus compliqués d’un point de vue national. Je ne vais pas vous refaire la chanson du clivage politique et du désastre auquel on est en train d’assister depuis plusieurs années maintenant, vous la connaissez déjà.
Cependant, elle reste très importante pour comprendre la polémique autour du jeu, polémique s’étant étalée tout au long de l’année.

Clair Obscur, un jeu profondément patriote

Clair Obscur, c’est une lettre d’amour à la France. Ou plutôt, une lettre d’amour à la vieille France. La vieille France, c’est avant tout ce fantasme de touristes mais aussi par celle que l’on ne peut nommer autrement qu’en empruntant le terme d’ennemi, l’extrême droite et son fond de commerce nationaliste. Et ici, cela passe par l’emprunt totalement assumé aux codes de la Belle-Époque


La ville de Lumière (et son nom par la même occasion) est remplie de cette vieille France : des tenues très clichées des personnages lors du prologue, aux toits et aux rue parisiennes plus fleuris que jamais, des marchés conviviaux en passant par les festivités dans toute la ville, tout est fait pour que le joueur soit empli de cette ambiance chère aux développeurs.

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En dehors de Lumière, l’amour de la France est aussi resplendissant dans le jeu. Outre les blagues et les clins d’œil évidents comme les marinières et les mîmes, la bande originale pilotée par Lorient Testard est elle aussi empreinte d’une ambiance française fantasmée.

Les sonorités classiques ne sont pas le seul aspect de la bande originale du jeu qui tend une partie de la communauté vidéoludique à suspecter Clair Obscur d’être un jeu d’extrême droite. En effet, Victor Borba, chanteur de la plupart des musiques du jeu aux côtés d’Alice Duport-Percier, s’est révélé être un soutien du tristement célèbre Charlie Kirk, soutenant le fait que ce dernier ait « sauvé de nombreux enfants » grâce à ses positions anti-avortement. Je vous laisserai vous faire votre propre avis sur le monsieur.

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Le saint en question

Il est néanmoins important de signaler que ce dernier ne fera pas parti de la tournée de concerts en l’honneur du jeu. Choix du studio ou de l’intéressé ? Le mystère reste insoluble.

Un autre point que les détracteurs de Clair Obscur aiment signaler, c’est le manque de diversité criant à la fois dans mais aussi autour du jeu (d’où les surnoms « Gwer Obscur » et « plus Clair que Obscur »).

Et il est vrai qu’à premières vues, le manque de diversité criant au sein de l’équipe de Sandfall mais aussi au sein des personnages du jeu peut poser questions, d’autant plus compte tenu de l’âge moyen de l’équipe et du multiculturalisme français. Néanmoins, la raison à cela est simple : l’accès aux  métiers du jeu vidéo est encore généralement réservée aux personnes aisées, personnes qui ne sont en règle générale pas issue de l’immigration, et donc blanche.

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Le manque de diversité ethnique au sein du jeu découle lui aussi de la même chose : étant donné que les jeux vidéo (comme toute œuvre culturelle) sont avant tout faits par et pour la même communauté, il est compréhensible bien que décevant pour les concernés que ce manque de diversité soit présent. Pour mieux comprendre tout cela, je vous redirige vers notre tentaculaire enquête sur l’inclusion au sein du jeu vidéo.

Une communauté toxique et l’absence de parole de la part de Sandfall

Il y a aussi des choses dans le lot que Sandfall ne peut pas vraiment contrôler et qui portent préjudice au jeu. Et dans le lot, il y a la communauté particulièrement toxique du jeu et la récupération (crasse) faite par les pires individualités de l’internet français et du monde entier.

Prenons un exemple simple : Psyhodelik. Ce « journaliste » aux propos ouvertement xénophobes, lgbtiphobes et tout ce qui s’en suit, a lancé ce que l’on pourrait appeler une « mode » : celle d’utiliser le terme de « Nevron » (ennemi du jeu que l’on doit bien souvent éliminer pour avancer) pour désigner toutes les personnes de couleurs dans cet extrait d’une finesse inégalée.

Utilisation du terme qui s’est depuis répandue dans les sphères d’extrême droites et racistes françaises, sans que Sandfall ne bouge le petit doigt.

Chaque personne osant critiquer Clair Obscur (y compris pour des raisons légitimes et justifiant des goûts de chacun) s’expose aussi à des insultes racistes en tout genre, y compris en message privé. C’était naturellement encore plus le cas lors de la nomination au titre de jeu de l’année du jeu français, période à laquelle son exposition était au plus haut.

Et là encore, Sandfall n’a pas vraiment réagi, préférant faire l’autruche. Ils se sont pourtant empressés de réagir concernant l’utilisation d’IA générative dans leur jeu qui leur a privé du titre de jeu de l’année aux Indie Game Awards…

Ils ont cependant réagi bien avant que tous les points cités ci-dessus dégénèrent, en juin. Mais pas exactement pour les mêmes raisons. Là encore pour être au courant du contexte il faut être actif dans la sphère vidéoludique des réseaux sociaux.

Au début du mois de juin donc, des internautes dénonçaient un soi-disant refus de candidature au sein du studio en raison de leur couleur de peau. Rien d’avéré si ce n’est des captures d’écran de conversations entre les « concernés ». Mais évidemment, il n’en fallait pas plus à la machine à polémique qu’est X pour déclencher un raz-de-marée d’interrogations.

Interrogations auxquelles Sandfall a répondu avec ce tweet qui se défend de ses accusations.

Mais en dehors de ça, rien. Et c’est justement ce silence qui a le mérite d’interroger alors que Guillaume Roche fait le tour du monde depuis la sortie du jeu.

Et enfin, dernier point qui légitime le doute selon certains : la récupération autour du jeu de la part de personnalités politiques d’extrême-droite et en particularité Jordan Bardella. Le président du Rassemblement National s’est en effet empressé de féliciter le studio montpelliérain pour son sacre au titre de meilleur jeu de l’année lors de la cérémonie de ce bon vieux Geoff Keighley. Et… c’est tout.

Avec tout ces points, certains bien plus propices aux doutes que d’autres, les personnes adeptes de pureté militante, de « ragebait » et les trolls toujours aussi coriaces sont toujours se sont empressées de faire enfler le doute sans vraiment de nuance pour la plupart. Mais est-ce que ces points sont suffisants pour dire que le jeu, et par extension le studio, sont d’extrême droite ?

Bien sûr que non.

Des accusations hâtives

Pour démentir ces accusations, commençons par le point le plus évident : la récupération politique autour du jeu. Le reproche est fait que le jeu soit plébiscité par Jordan Bardella comme dit plus tôt. Cela dit, l’ensemble des camps politique s’en est allé de son petit message de félicitation au studio pour récompenser ce qui s’apparente réellement à une fierté française. Donc il n’est pas vraiment possible d’épingler de manière honnête le studio pour cette récupération politique puisqu’elle a été faite par l’ensemble des camps en présence.

Et même sur l’absence de prise claire de position depuis ce tweet du 9 juin dernier, il est difficile d’accuser Sandfall qui est surtout la victime d’un contexte très particulier. Alors certes, le cadre profondément patriote et idéaliste du jeu n’aide pas. Cependant, comment reprocher à un petit studio qui connaît son premier jeu et son premier succès de prendre ouvertement position contre l’extrême droite dans un pays où elle monte en flèche depuis des années ? Il serait sans doute disproportionné de leur reprocher ce manque de « courage » ? Courage qui, même s’il était présent, pourrait ne pas du tout rendre service au studio.

Il n’est alors possible de conclure qu’en pointant du doigt l’évidence : il n’est pas possible d’accuser de manière honnête et réfléchie le studio d’être d’extrême droite. Les éléments pouvant les viser relèvent au choix de la maladresse, du manque de courage ou encore du contexte particulièrement compliqué à appréhender. Cela dit, force est de constater que les éléments allant à l’encontre du studio existent et chacun peut se faire son propre avis sur ceux-ci. En attendant une réponse claire du studio sur qui la pression se fait de plus en plus grande, la mesure reste de mise.

Et pour approfondir le sujet je ne peux que vivement vous recommander la fantastique vidéo d’Ache qui développe de façon bien plus profonde tout ce que j’ai abordé ici !

Fondateur de ce joli bébé et tombé amoureux du jeu vidéo enfant un peu à la manière d'Obélix, mon objectif avec ce média est d'approfondir ma passion du médium !

6 comments

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L’enfileur de perles

Incroyable article !

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remy dillensiger

C’est ridicule, le studio, de toute façon, ne peut pas empêcher d’utiliser certaines choses qui sont libres d’utilisation comme le terme « nrvron » qui est inventé mais probablement sans droits spécifiques sur le mot. Et vous omettez que quand un mec a utilisé leur BO dans sa campagne, ils l’ont attaqué directement en disant qu’au-delà des droits, ils ne voulaient pas être associés à ces valeurs qu’ils ne partagent pas.

    comments user
    Ilias_1105

    L’utilisation du terme nevron est certes libre de droit (encore heureux vous me direz), maisest très fortement associé au jeu, et Sandfall n’a pas vraiment eu l’air d’en avoir quelque chose à faire. Enfin, l’utilisation de l’OST de Clair Obscur par Jean Messiha pendant sa campagne a eu lieu après la publication de cet article. De plus, la réponse de Sandfall était elle aussi assez neutre et c’est en partie ce que je dénonce avec cet article.