Test – Denshattack! : Cette fois, le rail est légal
Ce test a été réalisé avec une copie envoyée par l’éditeur sur Nintendo Switch 2.
Vous le savez, la scène indépendante regorge de jeux insolites. Des concepts improbables, des idées sorties de nulle part… et pourtant, certains parviennent encore à repousser les limites de l’absurde. Denshattack! fait clairement partie de cette catégorie.
Imaginé par le studio Undercoders et par David Jaumandreu, que l’on retrouve notamment derrière l’excellent Ninja Gaiden: Ragebound. Le titre à l’esthétique rappelant Jet Set Radio nous promet une expérience aussi chaotique que addictive. Mais derrière ce qui ressemble à un Tony Hawk sous substances se cache une véritable pépite ou bien tout simplement un déraillement ?
Allez… « Here Ouigo !« , comme dirait Mario.
Des ramens à la rébellion
À première vue, Denshattack! donne l’impression d’être un simple jeu d’arcade au scénario prétexte.
On y incarne Emi, une jeune conductrice de train qui livre des ramens avant de découvrir l’existence du Denshattack, une discipline aussi spectaculaire qu’absurde où des trains s’affrontent à coups de tricks et de courses effrénées. Son objectif semble alors tout trouvé : parcourir le Japon pour affronter les différents chefs de gangs qui dominent cette discipline et s’imposer comme la meilleure.

Mais derrière cette prémisse volontairement légère se cache un univers bien plus intéressant qu’il n’y paraît. L’action prend place dans un Japon futuriste ravagé par une catastrophe climatique et les grandes villes sont désormais enfermées sous d’immenses dômes où une élite privilégiée vit sous la protection de Miraidō, une mégacorporation qui contrôle ces cités d’une main de fer via notamment une propagande dictée par une mascotte faussement adorable.
À l’inverse, le reste du continent, devenu délabré, est abandonné aux populations les plus modestes et aux gangs qui se sont approprié les régions laissées pour compte.
Au fil de son périple, Emi ne se contente donc plus de collectionner les victoires, en rencontrant les différents chefs de gangs, elle découvre peu à peu les conséquences de cette société profondément inégalitaire et comprend que son aventure dépasse largement le cadre de la compétition et du fun.
Le récit glisse progressivement d’une histoire de dépassement de soi vers une lutte contre un système autoritaire, où les courses de Denshattack deviennent un symbole de liberté face au contrôle exercé par une dictature fasciste.

Sans jamais perdre son ton décalé ni son énergie, Denshattack! surprend ainsi par la manière dont il aborde des thèmes comme les inégalités sociales, le pouvoir des mégacorporations ou encore les dérives d’un capitalisme sans limite.
Une évolution narrative que l’on ne voit pas forcément venir lors des premières heures (un peu comme Donkey Kong Bananza ou Yakuza 0 pour ne citer qu’eux) et qui donne finalement davantage de relief à un univers déjà particulièrement original.
Pas l’temps de freiner !
Si Denshattack! parvient à captiver du début à la fin, c’est avant tout grâce à un gameplay qui refuse de tomber dans la routine.
Chaque nouveau chapitre apporte son lot de mécaniques, d’environnements et d’objectifs inédits, donnant constamment l’impression de découvrir une nouvelle facette du jeu. Cette variété permet au jeu de conserver un rythme parfait tout au long de l’aventure, sans jamais céder à la monotonie.
Les courses classiques constituent le cœur du jeu, il s’agit de franchir la ligne d’arrivée le plus rapidement possible tout en faisant face à des ennemis et en exploitant les nombreuses possibilités offertes par les niveaux.
Le jeu ne tarde cependant pas à diversifier ses propositions ; certains stages demandent par exemple de remplir plusieurs objectifs pour progresser qui seront propres aux thèmes de la région dans laquelle on se trouve.
D’autres reposent entièrement sur le système de score et imposent d’atteindre un certain palier pour débloquer la suite de l’aventure. Dans ces niveaux, il ne suffit plus de rouler vite : il faut enchaîner les tricks, maintenir son multiplicateur et exploiter chaque rail du niveau afin de totaliser un maximum de points.

Cette recherche permanente de marquer le meilleur score est également renforcée par des niveaux qui récompensent l’exploration car derrière leur apparente linéarité, ils cachent régulièrement des passages secrets, des raccourcis ou des itinéraires alternatifs permettant d’améliorer son score ou de gagner un temps précieux.
Une excellente idée qui pousse naturellement à rejouer les niveaux pour en percer tous les secrets et réaliser les défis optionnels pour espérer obtenir la médaille d’or de chaque niveau.
Le système de tricks constitue quant à lui la véritable colonne vertébrale du gameplay.
Dès les premières minutes, le jeu met à disposition une encyclopédie recensant l’ensemble des figures réalisables, des plus accessibles aux plus techniques. Chacune possède sa propre manipulation à réaliser et sa propre valeur en points, encourageant progressivement le joueur à sortir de sa zone de confort. Les figures les plus complexes exigent une excellente maîtrise du stick et un timing irréprochable, transformant chaque enchaînement réussi en véritable satisfaction.
Cette courbe d’apprentissage particulièrement bien pensée donne au gameplay une profondeur étonnante, où l’on passe naturellement de quelques figures simples à des combos bien plus spectaculaires et qui procurent une bonne dose d’adrénaline.
À cette richesse s’ajoute un système de personnalisation particulièrement bien pensé.
Entre deux missions, un garage permet non seulement de modifier l’apparence de son train grâce à différentes couleurs et à une large sélection de stickers, mais aussi d’acquérir de nouveaux trains aux caractéristiques uniques.

Loin d’être de simples récompenses cosmétiques, ces derniers influencent directement la façon de jouer. Certains facilitent l’exécution des tricks en accordant davantage de temps pour les réaliser, tandis que d’autres favorisent les scores ou la vitesse. Mais chaque avantage s’accompagne systématiquement d’une contrepartie : un train plus permissif sur certains aspects pourra par exemple rendre les phases de grind bien plus exigeantes, obligeant le joueur à mieux gérer son équilibre pour éviter de dérailler.
Ce système de bonus/malus est une excellente idée, car il encourage l’expérimentation sans jamais déséquilibrer le gameplay. Plutôt que de chercher le train ”ultime“, on choisit avant tout celui qui correspond le mieux à sa manière de jouer.
L’exploration est d’ailleurs constamment récompensée grâce à plusieurs catégories de collectibles disséminés dans les niveaux. Les bombes de peinture servent à débloquer de nouveaux stickers pour personnaliser sa locomotive, tandis que les engrenages constituent la monnaie nécessaire à l’achat de nouveaux trains et puis, les bobines de film offrent une récompense plus narrative en déverrouillant des pages de fanzine sur le Denshattack.
Magnifiquement mises en scène à travers de superbes artworks, elles permettent d’en apprendre davantage sur chaque région traversée, son histoire ainsi que sur le gang qui y règne. Une excellente manière d’étoffer le lore du jeu tout en donnant une véritable raison de fouiller chaque niveau dans ses moindres recoins.
Enfin, impossible de ne pas évoquer les combats de boss, qui comptent parmi les meilleurs moments de l’aventure.
Plutôt que de se contenter d’augmenter artificiellement la difficulté, chacun propose une idée de gameplay différente et exploite les mécaniques du jeu sous un angle inédit, chaque affrontement possède sa propre identité visuelle, obligeant le joueur à adapter sa manière de jouer plutôt qu’à simplement reproduire ce qu’il a appris jusque-là.


Cette capacité à renouveler constamment ses situations de jeu est sans doute la plus grande force de Denshattack!, qui réussit à surprendre jusqu’à l’apparition des crédits de fin que l’on atteint au bout de 10-12h en ligne droite.
Seul point réellement négatif, c’est le manque d’options d’accessibilité pour les personnes en situation de handicap. En effet, il n’est pas rare d’être frustré à devoir recommencer une énième fois un niveau de type “marque autant de points pour continuer“ qui demande une certaine dextérité.
Un chaos coloré
Difficile de ne pas remarquer l’identité visuelle particulièrement marquée du titre, qui mise sur une esthétique anime assumée, portée par des couleurs éclatantes, des onomatopées tout droit sorties d’un manga, des personnages expressifs et des environnements qui débordent de personnalité.
Chaque région du Japon possède sa propre ambiance, son architecture et sa palette de couleurs, donnant véritablement l’impression de traverser des territoires aux identités bien distinctes. Qu’il s’agisse des vastes étendues laissées à l’abandon après la catastrophe climatique, des paysages enneigés, urbains ou forestiers ou bien des imposants dômes contrôlés par Miraidō, le jeu parvient à raconter son univers autant par son esthétique que par ses dialogues.
Cette diversité visuelle ne sert d’ailleurs pas uniquement à flatter la rétine. Les niveaux regorgent de détails qui renforcent leur identité tout en restant suffisamment lisibles pour que le joueur puisse repérer les obstacles, les rails alternatifs ou les passages secrets, un point essentiel compte tenu de la vitesse à laquelle se déroule l’action.
Malgré les nombreux effets visuels, les particules et les explosions de couleurs provoquées par les tricks et autres arcs-en-ciel, Denshattack! conserve une excellente clarté, évitant que le spectacle ne prenne le pas sur le gameplay.

Le soin apporté à la mise en scène se retrouve également dans les portraits des personnages tout comme dans les cinématiques qui rythment la progression.
Sans être particulièrement longues, elles mettent en scène les différents personnages avec beaucoup d’énergie et de personnalité. Qu’il s’agisse des rencontres avec les chefs de gangs, des échanges entre Emi et ses alliés ou des moments clés du scénario comme les extraits de journaux télévisés servant de propagande à la compagnie Miraidō et qui viennent ponctuer chaque fin de chapitre.
Ces séquences bénéficient d’une réalisation soignée qui renforce l’attachement aux personnages. Leur mise en scène, proche de celle d’un anime, contribue à donner du caractère au récit sans casser le rythme de l’aventure, trouvant un bon équilibre entre narration et action.

Pour finir, difficile de ne pas saluer le travail réalisé sur les animations, les trains dégagent une véritable sensation de vitesse, les figures s’enchaînent avec une fluidité remarquable et chaque trick est mis en valeur par des effets visuels dynamiques qui rendent l’action particulièrement satisfaisante à regarder.
Denshattack! assume donc pleinement son style et s’offre une identité artistique immédiatement reconnaissable, qui accompagne parfaitement son gameplay nerveux et son univers décalé.
La révolution musicale.
Comment servir un univers coloré et un gameplay addictif ? En lui offrant une bande-son titanesque !
Plus qu’un simple accompagnement musical, c’est une véritable prouesse artistique que propose le label Kid Katana Records, qui réunit une vingtaine de compositeurs et d’artistes venus des quatre coins du monde, pour un total de plus de 80 morceaux représentant près de 4 heures de musique.
Un projet d’une ambition rare qui transpire la passion du jeu vidéo d’arcade et de toute une époque.
Car dès les premières notes, il est impossible de ne pas ressentir l’héritage des productions SEGA de la fin des années 90 et début des années 2000.
L’ADN de la Dreamcast imprègne chaque piste, avec un mélange harmonieux de breakbeat, d’électro, de funk, de rock, de hip-hop et de synthwave.
Une diversité qui à première vue pourrait sembler chaotique mais qui trouve ici une cohérence étonnante. Chaque région, chaque course et chaque affrontement profite d’une ambiance musicale forte, sans jamais donner l’impression que les morceaux se ressemblent.
C’est surtout dû au casting qui est tout simplement exceptionnel. Denshattack! réunit en effet des figures emblématiques de la musique vidéoludique comme :
- Takenobu Mitsuyoshi, la voix et le compositeur légendaire de Daytona USA
- Richard Jacques, connu pour son travail sur Jet Set Radio
- Shoji Meguro, compositeur emblématique de la série Persona
- Harumi Fujita, ancienne compositrice de Capcom
- Ryo Nagamatsu, ayant travaillé avec Nintendo sur The Legend of Zelda et Splatoon.
À leurs côtés, le projet accueille également des artistes issus d’horizons très variés, comme 2 Mello, dont les créations aux influences hip-hop et Jet Set Radio-like semblaient naturellement destinées à un jeu comme celui-ci ainsi que le rappeur nippo-américain Miyachi, le chanteur Lotus Juice, bien connu des amateurs de Persona et notamment de ceux du 3ème épisode, et la VTuber Ironmouse.
Pour finir, impossible de ne pas citer Tee Lopes, compositeur notamment reconnu pour son travail sur Teenage Mutant Ninja Turtles: Shredder’s Revenge ou encore Sonic Mania et qui, ici, dirige ce projet colossal d’une main de maître.

Le résultat est tout simplement explosif. Rarement une bande-son n’aura autant participé à l’identité d’un jeu. Chaque morceau accompagne la frénésie des courses, sublime les affrontements contre les chefs de gangs et renforce l’atmosphère de ce Japon futuriste.
Plus qu’une excellente OST, Denshattack! livre un véritable festival musical, capable de séduire aussi bien les amateurs de jeux d’arcade que les passionnés de musiques de jeu vidéo.
CONCLUSION

Derrière son concept aussi improbable que rafraîchissant se cache un jeu d’arcade généreux, porté par un gameplay aussi exigeant que grisant, une direction artistique inoubliable et une bande-son exceptionnelle.
Que vous soyez un accro du scoring ou simplement à la recherche d’une aventure originale et mémorable, Denshattack! a largement de quoi vous séduire. Une excellente surprise qui mérite que l’on monte à bord… Direction la révolution !
Les +
- Un gameplay arcade nerveux et particulièrement gratifiant
- Une excellente variété dans les niveaux et les objectifs
- Un système de trains et de personnalisation bien pensé
- Une direction artistique colorée et immédiatement reconnaissable
- Une bande-son exceptionnelle et variée
- Un univers décalé et surprenant
- Scénario plus profond qu’en apparence
- Durée de vie solide pour le genre
Les –
- Certains défis de scoring peuvent être vraiment exigeants
- Un manque d’options d’accessibilité
- On en redemande
Incontournable



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